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    INTERVIEW – Aysha Sow : « ADLaM n’est pas seulement un alphabet, c’est un levier d’émancipation pour l’Afrique »

    LamaranaBy Lamarana22 février 2026Aucun commentaire3 Mins Read
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    ​À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle célébrée ce 21 février, nous avons rencontré Aysha Sow. Présidente de Sukaabhe ADLaM Windere et fondatrice de l’agence FINDE Communication, cette figure de proue de la culture peule nous livre un plaidoyer vibrant pour l’ADLaM, ce système d’écriture authentiquement africain qui révolutionne l’alphabétisation et l’identité culturelle en Guinée.

    ​Un déclic identitaire

    ​Pour Aysha Sow, l’aventure ADLaM commence par un constat personnel : la difficulté de s’exprimer pleinement dans sa langue maternelle, le Pular, malgré ses racines. « La découverte d’ADLaM a été un déclic », confie-t-elle. Ce qui n’était au départ qu’une quête d’amélioration linguistique s’est transformé en une mission de vie. Aujourd’hui, elle ne voit plus l’ADLaM comme un simple outil, mais comme un « levier identitaire, culturel et éducatif ».

    ​La précision technique au service de la fierté

    ​Pourquoi l’ADLaM réussit-là où les alphabets latin ou arabe peinent ? Pour l’experte, la réponse est technique : « Chaque son correspond à un signe unique et précis. Les voyelles longues et courtes sont clairement distinguées. » Contrairement aux systèmes étrangers qui nécessitent des approximations, l’ADLaM « colle » aux sonorités du Pular, offrant une standardisation à travers tout le continent. « C’est une grande fierté de voir que nous avons notre propre alphabet, au même titre que les Chinois ou les Arabes », ajoute-t-elle avec conviction.

    ​Une révolution numérique et sociale

    ​Loin d’être une écriture du passé, l’ADLaM s’inscrit dans la modernité. Intégré à l’Unicode, il est désormais présent sur nos smartphones et ordinateurs. Cette transition numérique change concrètement des vies :

    ​À Mamou, un menuisier note ses mesures en ADLaM.

    ​À Koundara, un commerçant gère sa comptabilité en caractères locaux.

    ​Des milliers d’adultes, autrefois considérés comme analphabètes car ne maîtrisant ni le français ni l’arabe, publient désormais des ouvrages.

    ​« Une amie n’ayant pas fréquenté l’école francophone enregistre tous ses contacts en ADLaM. Elle n’a plus besoin d’aide pour retrouver un numéro », illustre Aysha Sow.

    ​Briser les préjugés sur le développement

    ​Face aux critiques qui voient dans les langues nationales un frein à la modernité, Aysha Sow est catégorique : « Les pays qui progressent, comme la Chine ou le Japon, s’appuient sur leurs langues pour développer la science. » Elle rappelle que l’ADLaM est porté par des intellectuels de haut niveau (docteurs, professeurs d’université) et qu’il crée de l’emploi à travers des agences comme la sienne.

    ​L’appel aux « Gardiennes de la langue »

    ​En tant que femme leader, elle lance un appel pressant aux mères et aux jeunes filles : « Les femmes sont les véritables gardiennes de nos traditions. Elles doivent s’approprier l’ADLaM pour garantir la survie de notre patrimoine. »

    ​Pour les dix prochaines années, son rêve est clair : voir l’ADLaM intégré officiellement dans le système éducatif guinéen et enseigné dès le primaire. Un défi de taille, mais vital pour que la langue Pular ne soit plus seulement parlée, mais gravée dans l’avenir.

    ​En savoir plus :

    ​Pour ceux qui souhaitent sauter le pas, Aysha Sow recommande les applications Jangu ADLaM ou ADLaM Fulfulde, disponibles sur Play Store et App Store. « C’est facile à apprendre, car les lettres ne changent jamais de prononciation », conclut-elle.

    Hasso Bah 

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