Depuis plusieurs semaines, la région administrative de Kankan, et plus particulièrement les préfectures de Kankan, Siguiri et Mandiana, est frappée de plein fouet par une crise persistante de carburant. L’approvisionnement en essence et en gasoil est devenu un véritable calvaire pour les citoyens. Dans les rares stations encore opérationnelles, les files d’attente interminables témoignent de l’ampleur du désastre. Une situation qui n’épargne aucun secteur, et surtout pas l’agriculture, moteur économique de la savane guinéenne.
Un décor de désolation dans les périmètres maraîchers
À Banankoni, localité située à une vingtaine de kilomètres de la commune urbaine de Kankan, les conséquences sont particulièrement dramatiques. Ici, les productrices, qui constituent la véritable épine dorsale du maraîchage local, expriment colère, inquiétude et un profond désarroi. Notre rédaction s’est rendue sur place pour recueillir leurs témoignages.
Dans les périmètres maraîchers, le décor est saisissant : des planches de tomates flétries, des piments jaunis, des plants de gombo assoiffés. Les motopompes sont à l’arrêt, faute de carburant. L’eau n’arrive plus aux cultures, pourtant exigeantes en irrigation continue durant cette période.

Mariama Keïta, mère de quatre enfants, peine à contenir sa frustration :
« Sans essence, nos motopompes ne marchent plus. On regarde nos cultures mourir après tant d’efforts. C’est décourageant. Nos champs se dessèchent sous nos yeux. On s’est endettées pour acheter des semences et des intrants. Maintenant qu’on ne peut plus irriguer, tout va pourrir. Qui va payer nos dettes ? »
Les pertes se comptent déjà en plusieurs hectares. Maïs, gombo, piment, tomate… toutes les récoltes sont au point mort. Certaines productrices évoquent les crédits contractés pour préparer leurs champs ; d’autres redoutent de ne plus pouvoir assurer la scolarité de leurs enfants.
Le transport paralysé, les récoltes se gâtent
Au-delà du manque d’eau, le transport des produits vers les marchés est lui aussi paralysé. Même celles ayant réussi à sauver une partie de leurs récoltes ne peuvent plus les écouler.

« Quand il n’y a pas de carburant, les motos-taxis et les tricycles ne viennent plus jusqu’aux champs. Nos produits restent ici et finissent par se gâter. Nous sommes vraiment fatiguées. Nous demandons au gouvernement de nous aider. Si cette crise continue, nos villages vont souffrir de faim. L’agriculture est notre seule activité », explique une autre productrice d’une voix lasse.
Alors que la savane guinéenne traverse cette période difficile, les regards se tournent désormais vers les autorités pour des mesures urgentes et concrètes. Car au-delà de Banankoni, c’est toute une région qui risque de voir ses récoltes et son économie s’effondrer si la crise persiste.
Facely Sanoh depuis Kankan pour actualitefeminine.com





