Dans la sous-préfecture de Baro, relevant de la préfecture de Kouroussa, le maraîchage n’est pas seulement une activité agricole : c’est un véritable souffle d’espoir porté par des femmes au courage inépuisable. Aux abords des périmètres agricoles, entre sillons fraîchement arrosés et paniers remplis de jeunes plants, se dessine le quotidien d’une communauté féminine engagée dans la lutte pour l’autonomie économique.
Chaque matin à l’aube, les femmes de Baro prennent la route des jardins. Le pas est rapide, les échanges sont brefs, mais la détermination, elle, est immense. Dans ce village connu pour son patrimoine culturel et la mare sacrée Booley, ce sont désormais les mains de ces femmes qui font battre le cœur de l’économie locale.

Au centre du périmètre maraîcher, Mariama Condé, la quarantaine, essuie la sueur sur son front avant de replonger ses mains dans la terre meuble.
« Si je ne viens pas ici, mes enfants ne mangent pas, confie-t-elle. C’est grâce au maraîchage que je paie les cahiers, le riz, même les médicaments. Regardez nos parcelles. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que nous avons. Quand la saison sèche arrive, c’est ici que nous trouvons notre souffle. Avec un peu de chance, on vend au marché de Baro ou parfois à Kouroussa quand il y a de bonnes récoltes. »
À quelques mètres, Fanta Condé, jeune productrice de 22 ans, ajoute :
« C’est ici que j’ai appris à cultiver. Avant, je dépendais de mes parents, mais maintenant je gagne mon propre argent. Même si c’est peu, c’est à moi. Nous travaillons en groupe. Quand l’une d’entre nous est malade ou absente, les autres prennent soin de sa parcelle. C’est comme ça que nous avançons. Seule, on ne peut rien. Ensemble, on peut tout. »
Le maraîchage à Baro reste confronté à des obstacles majeurs. Le manque de motopompes ralentit l’irrigation. Les outils sont rudimentaires, et les intrants agricoles coûtent cher.
Fatoumata Camara, une femme énergique, ne cache pas ses frustrations :
« Parfois, nous perdons toute une production parce qu’il manque d’eau. Si seulement nous avions des motopompes, des engrais et un peu de formation, nous pourrions produire trois fois plus. On ne nous a jamais habituées à abandonner, lance Mariama en souriant. La terre, c’est notre force. Nous savons produire. Ce qu’on veut maintenant, c’est un appui pour mieux produire. Avec un forage, des motopompes et des engrais, Baro pourrait devenir un grand centre maraîcher. »
L’histoire des femmes de Baro est celle d’une résilience remarquable. Elles ont transformé une simple activité agricole en un puissant levier d’émancipation sociale et économique, assurant l’éducation et la santé de leurs familles par la seule force de leur travail et de leur organisation collective. Cependant, comme l’ont souligné les productrices, cette détermination atteint ses limites face au manque criant de moyens. En soutenant ces femmes, les autorités locales, les ONG et les partenaires au développement peuvent non seulement garantir la sécurité alimentaire de la région de Kouroussa, mais aussi consolider un modèle d’autonomie féminine qui mérite d’être célébré et pérennisé.
Facely Sanoh depuis Kankan pour actualitefeminine.com





