Des leaders religieux et politiques de la République de la Gambie étaient récemment devant leur parlement national pour formuler des commentaires fortement troublants qui prônent la dépénalisation des mutilations génitales féminines. Pire ! Leurs déclarations rétrogrades entendues au parlement national appellent à l’abrogation de cette loi. Pourtant, cette loi historique est intervenue en 2015 quand la Gambie a franchi une étape décisive en modifiant la loi de 2010 sur la protection des femmes afin de sanctionner explicitement les MGF au titre de ses articles 32A et 32B. La loi de 2015 Women’s (Amendment) Act interdit les mutilations génitales féminines, stipulant que « nul ne peut pratiquer l’excision […] une personne qui pratique l’excision commet un délit » et est passible, en cas de condamnation, « d’une peine de prison de trois ans ou d’une amende de cinquante mille dalasis ou des deux ; et lorsque l’excision cause la mort, d’emprisonnement à perpétuité ».
Face à cette situation troublante, plus de 160 organisations de la société civile gambienne et du monde entier se sont jointes à l’Association des organisations non gouvernementales de Gambie (TANGO), au Comité gambien sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (GAMCOTRAP) et au réseau gambien Network Against Gender-Based Violence (NGBV) pour cosigner une lettre ouverte qui exhorte le gouvernement de la République de Gambie à tenir fermement ses engagements en matière de protection des femmes et des filles en maintenant la loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF).
Réagissant à notre micro, Faiza Jama Mohamed, Directrice régionale pour l’Afrique d’Equality Now l’un des 180 signataires de cette lettre précise qu’ils ne fléchiront pas concernant ce recul à l’égard des droits des femmes en Gambie.
« La pression internationale s’est avérée être l’un des outils particulièrement efficace lorsqu’elle est appliquée à des pays qui ne protègent pas les droits des femmes et des filles. Par conséquent, nous continuerons à utiliser cette stratégie en collaboration avec diverses parties prenantes en Gambie et au niveau international, y compris nos partenaires sur le terrain, les médias et les influenceurs qui peuvent faire la lumière sur les effets néfastes si la loi contre les mutilations génitales féminines (MGF) est abrogée » annonce-t-elle.
Au cas où le gouvernement gambien abroge la loi anti-MGF, des actions seront entreprises par ces organisations signataires « Si la loi anti-MGF est abrogée, la Gambie sera en violation de l’article 5 du Protocole de Maputo, qui exige que les États parties au protocole condamnent et interdisent les pratiques néfastes affectant les droits humains des femmes par des mesures légales et autres. Dans un tel cas, nous pouvons tenir le pays responsable par le biais de plusieurs voies, notamment la Cour de Justice de la CEDEAO, la Commission africaine ou le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDBE). Nous suivrons de près la situation et sommes prêts à explorer toutes les options disponibles pour protéger les filles et les femmes gambiennes contre toutes les pratiques néfastes, y compris les mutilations génitales féminines » précise-t-elle.
Pour rappel, les tentatives actuelles de suppression des protections juridiques ont été déclenchées par la condamnation, en août 2023, de trois femmes pour avoir pratiqué des mutilations génitales sur huit bébés de sexe féminin. Chaque contrevenante a été condamnée à payer une amende de 15 000 dalasis (environ 230 dollars américains) ou purger une peine de prison d’un an. Ce jugement historique rendu par le tribunal correctionnel de Kaur/Kuntaur marque la première condamnation depuis la promulgation de la loi interdisant les mutilations génitales féminines il y a huit ans.
Hasso Bah





