La fête de l’Aïd El-Fitr s’annonce particulièrement difficile pour de nombreuses familles à Kindia. À quelques jours des célébrations, les citoyens de la « cité des agrumes » déplorent une conjoncture économique tendue, marquée par un manque criant de liquidité dans les points de retrait et une faible affluence dans les commerces.
Au centre-ville, couturières, commerçants et coiffeuses s’activent pour répondre aux attentes des fidèles désireux de se parer de leurs plus beaux habits. Pourtant, malgré leur détermination, ces professionnels font face à un défi de taille : la rareté des clients, un contraste frappant par rapport aux années précédentes.
Le cri du cœur des commerçants
Chez les vendeurs de vêtements, le constat est amer. M’mahawa Conté, commerçante au centre-ville, explique son calvaire : « Nous rencontrons énormément de difficultés. Nous achetons les marchandises à prix d’or à Conakry, auxquels s’ajoutent les frais de transport, mais les clients jugent nos prix trop élevés. »

Au-delà du coût de la vie, un autre obstacle paralyse les transactions : l’accès à l’argent liquide. « Ce qui nous pénalise le plus en ce moment, c’est l’impossibilité pour les clients d’effectuer des retraits via la monnaie électronique (Orange Money). Beaucoup comptent sur ces transferts pour leurs achats de fête. D’habitude, à cette période, je me ravitaillais à Conakry tous les deux jours. Cette année, mon stock traîne depuis une semaine. Cette situation m’inquiète vraiment», confie-t-elle.
Les ateliers de couture au ralenti

Le constat est similaire chez les artisanes. Pour la couturière Fatoumata Conté, la clientèle arrive au compte-gouttes : « On essaie de s’entendre avec les quelques clients qui viennent, mais comparativement à l’année dernière, l’affluence est très faible. Tout le monde se plaint du manque d’argent. Si la situation ne s’améliore pas, comment allons-nous nous en sortir ? » s’interroge-t-elle, tout en essayant de garder le moral.
Les salons de beauté bradent leurs services
Dans les salons de esthétiques, la reprise après le mois de Ramadan est timide. Selon Maîtresse Adama Camara, ce sont désormais les clients qui imposent leurs tarifs : « Les clients se font rares. Pour ne pas rester sans activité, nous sommes obligées d’accepter les prix qu’ils proposent. Nous avons pourtant des charges fixes : le loyer, l’électricité et les taxes. »

Elle pointe également du doigt la crise numérique : « Les gens nous disent que leur argent est bloqué dans leur téléphone faute de points de retrait disponibles. Quelques enfants viennent pour des soins, mais nous sommes loin du volume habituel. »
Une pénurie de viande en sourdine
Pour ne rien arranger, les fidèles musulmans de Kindia doivent également composer avec une rareté inhabituelle de la viande sur les étals. Interrogés sur cette situation, les bouchers de la ville ont, pour l’heure, décliné tout commentaire.
De Kindia, Samba Diallo





