Au cœur de la capitale malienne, là où les défis de l’urbanisation s’accumulent, des citadines transforment le béton en verdure. Plus que des légumes, Aïcha Coulibaly et Fanta Diarisso cultivent une nouvelle vision de la ville : nourricière, résiliente et solidaire.
Réinventer les espaces oubliés
Entre les maisons serrées, les ruelles poussiéreuses et les squelettes de bâtiments inachevés, Aïcha et Fanta ont débusqué des poches de terre délaissées. Là où d’autres ne voyaient que des friches, elles ont imaginé des jardins. Avec des moyens limités mais une détermination sans faille, elles ont installé des potagers en bacs, amendé des sols appauvris et adopté des systèmes d’arrosage économes pour optimiser chaque goutte d’eau.
« Nous avons commencé avec presque rien, portées par l’envie de nourrir sainement nos familles », confie Aïcha Coulibaly, le regard fier devant ses rangées de laitues et ses plants de tomates. « Beaucoup nous prédisaient un échec, affirmant que la ville n’est pas faite pour l’agriculture. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes voisins qui viennent acheter leurs légumes directement ici. »
Un rempart contre la vie chère
Si l’initiative séduit, c’est aussi parce qu’elle répond à une urgence économique. La flambée des prix des denrées alimentaires et la rareté des produits frais sur les marchés bamakois ont fait de ces potagers une source de revenus complémentaires non négligeable.
Pourtant, pour Fanta Diarisso, l’enjeu est également pédagogique et social :
« Nous voulons prouver que la terre peut être généreuse, même en plein centre-ville. Il n’y a pas besoin de posséder un grand champ pour agir. L’essentiel est de commencer, même sur un mètre carré. » Elle ajoute, un sourire aux lèvres : « Quand les enfants du quartier nous voient travailler, ils s’interrogent et apprennent. C’est une transmission silencieuse de bonnes habitudes et de respect pour la nature. »
En transformant des parcelles négligées en îlots de fraîcheur, ces femmes ne font pas que produire de la nourriture : elles réenchantent le paysage urbain de Bamako, un plant à la fois.
Facely Sanoh depuis Kankan pour actualitefeminine.com






