Kankan, l’une des plus grandes villes de la Haute-Guinée, est depuis plusieurs semaines le théâtre de déguerpissements massifs orchestrés par les autorités. Si ces actions visent officiellement à « libérer les emprises publiques« , elles suscitent une profonde indignation, notamment chez les femmes qui en sont parmi les principales victimes. Ces dernières n’ont pas tardé à faire entendre leurs voix dans les quartiers concernés.
À Bordo, Kabada, et dans plusieurs autres quartiers populaires de Kankan, les cris de détresse se multiplient. Des femmes, vendeuses au petit marché, coiffeuses de fortune ou revendeuses de légumes, ont vu leurs installations détruites du jour au lendemain. Pour beaucoup, c’est tout un pan de leur survie économique qui s’effondre.
« Je nourris mes cinq enfants grâce à mon étalage de condiments. Aujourd’hui, on m’a tout pris. Où est-ce qu’on veut que j’aille maintenant? » s’interroge Mariama Camara, une vendeuse rencontrée au carrefour Missiran.
Ce que les femmes dénoncent surtout, c’est l’absence d’alternatives. Aucun plan de réinstallation, aucun marché provisoire, aucun soutien. Nombreuses sont celles qui estiment que cette décision a été prise sans tenir compte des réalités sociales.
« On ne refuse pas le développement, mais on refuse l’humiliation. Ils sont venus avec des pick-up, armés, sans avertir. Même nos marmites ont été jetées. Nous demandons un dialogue avec les autorités. Nous ne sommes pas contre l’ordre, mais on ne peut pas bâtir une ville en détruisant les femmes » scande Fanta Doumbouya, commerçante à Korialén.
Du côté des autorités en sa tête ministre Mory Condé, justifient ces opérations par la volonté de « moderniser la ville » et de « mettre fin à l’occupation anarchique des voiries ».
Facely Sanoh depuis Kankan pour actualitefeminine.com





