Les violences basées sur le genre (VBG) demeurent un fléau préoccupant en Guinée, mais une catégorie de la population reste particulièrement vulnérable et trop souvent oubliée : les femmes en situation de handicap. C’est pour répondre à cette urgence que s’est ouvert ce jeudi 16 juillet à Conakry, un important atelier de formation de deux jours (les 16 et 17 juillet 2026) sous la bannière du projet « J4S – Justice pour les Survivant(e)s ».
L’initiative, portée par des partenaires de premier plan comme l’AFD (Agence Française de Développement), l’IPPF et le Center for Reproductive Rights, vise à renforcer les capacités des acteurs de protection sur la prévention, la prise en charge et la coordination des cas de VBG touchant spécifiquement ces femmes.

Une sous-déclaration alarmante
Le constat de départ est sans appel. Selon Bangaly Camara, coordinateur du projet « Justice pour les Survivants » (qui couvre la Guinée et la Côte d’Ivoire), les chiffres cachent une triste réalité :
« En novembre 2025, nous avons conduit des enquêtes qui ont prouvé que le taux de signalement des VBG pour les femmes en situation de handicap reste très faible ».
Cette invisibilité des violences s’explique en grande partie par le manque d’adaptation des structures de prise en charge existantes. Pour y remédier, l’atelier réunit une grande diversité d’acteurs de la chaîne de protection : des organisations de la société civile actives dans la sensibilisation, mais aussi la magistrature, le corps médical, la Direction Nationale de Solidarité (DNS) et l’Office de Protection du Genre, de l’Enfance et des Mœurs (OPROGEM).

Adapter l’accueil et la prise en charge médicale et judiciaire
Pour les organisateurs et les participants, l’un des plus grands défis réside dans l’adaptation des mesures d’accompagnement aux différentes formes de handicap.
« Quand vous prenez l’exemple d’une femme aveugle qui se rend dans un service de protection, il faut des mesures spécifiques, surtout en matière de communication et de prise en charge en raison de leur vulnérabilité », a souligné M. Camara.
Du côté de la police et des services de sécurité, la prise de conscience est également au rendez-vous. Le colonel Marie Sylla, chef de division prévention au niveau de l’OPROGEM, exprime de fortes attentes :
« Au sortir de cet atelier, nous nous attendons à faire une prise en charge totale et correcte des personnes handicapées. Souvent, elles sont plus visées par les VBG car elles n’ont pas les moyens ni l’endroit pour se plaindre. Si elles peuvent enfin s’exprimer et voir leur préjudice réparé, ce sera une grande avancée ».
Une question taboue qu’il faut urgemment politiser
Pour M. Diallo Mamadou Thiapato, chef de la section Droit et promotion des personnes en situation de handicap à la Direction Nationale de Solidarité (DNS), cet atelier s’attaque à un véritable sujet tabou :
« C’est une question qui reste en suspens, dont les gens parlent peu. Pourtant, ces dames et demoiselles subissent autant de violences que les personnes valides ». Il formule ainsi le souhait de voir des dispositions concrètes et fermes prises par les autorités compétentes afin de « diminuer drastiquement ces violences ».
Durant ces deux jours d’échange à Conakry, l’objectif sera donc de fédérer tous les mécanismes de référencement pour qu’aucune femme, quelle que soit sa situation physique ou sensorielle, ne soit laissée de côté face à la justice.
Hasso Bah
