Depuis l’Antiquité, la région de la Haute-Guinée, et notamment la ville de Kankan, s’est imposée comme la productrice d’ignames par excellence. Aujourd’hui, les étals du grand marché de Kankan sont remplis de ce tubercule riche et varié. Toutefois, malgré l’abondance de l’offre, la demande reste faible. Cette situation contraste avec la réalité des pays limitrophes, tels que le Mali, qui continuent d’acheter des quantités d’ignames en République de Guinée. Pourtant, les producteurs peinent à trouver des preneurs, un phénomène qui semble se poursuivre malgré les atouts de la région.
Les vendeuses d’ignames se heurtent à des obstacles considérables. Fatoumata Kaba, une vendeuse rencontrée au grand marché de Kankan, illustre bien cette situation. « Nous produisons une grande quantité d’ignames, mais il n’y a pas beaucoup de preneurs. Depuis ce matin, aucun client n’est venu devant mon magasin », explique-t-elle. Les raisons de ce fléchissement de la demande sont multiples et s’ajoutent à la difficulté de la production elle-même.
Les témoignages des producteurs révèlent que la région de la Haute-Guinée souffre d’un problème récurrent : les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Ces tensions rendent la production agricole particulièrement difficile. Oumou Camara, une autre productrice rencontrée à 17 heures, témoigne des problèmes rencontrés :
« Pour faire de l’agriculture, il faut une clôture. Si tu n’as pas les moyens de clôturer tes champs, les animaux viennent dévaster tout» Cette situation rend encore plus précaires les conditions de vie des producteurs, dont beaucoup n’ont pas les ressources nécessaires pour sécuriser leurs cultures.
Mariame Sacko, une autre productrice d’ignames, exprime également son besoin d’assistance.
« Depuis des années, mon mari et moi pratiquons l’agriculture des ignames, mais nous rencontrons de grandes difficultés liées à la conserverie et à la transformation. Pour sécuriser nos champs, il nous faut des clôtures, mais ce n’est pas à la portée de tout le monde », déclare-t-elle. Elle lance alors un appel au Président de la République, le général Mamadi Doumbouya, pour qu’il prenne des mesures similaires à celles prises pour les pompes de terre en Moyenne-Guinée, afin de soutenir les producteurs d’ignames de Kankan.
Cette demande met en lumière un besoin urgent d’accompagnement des autorités pour soutenir l’agriculture en Haute-Guinée, particulièrement en ce qui concerne les infrastructures de transformation et de conservation des produits agricoles. Un investissement dans ces domaines pourrait non seulement améliorer les conditions de vie des producteurs, mais aussi renforcer l’économie agricole de la région en permettant une meilleure valorisation de la production d’ignames.
En attendant, les producteurs continuent de faire face à une offre excédentaire et à des difficultés qui limitent leur potentiel. Si des mesures de soutien ne sont pas prises rapidement, le rêve d’une Guinée exportatrice d’ignames risquerait de rester un vœu pieux.
Facely Sanoh depuis Kankan pour actualitefeminine.com





