Dans ce pays, être femme est un risque. Risque d’être battue, humiliée, effacée. Et quand cela arrive, ce n’est pas la justice qui répond. C’est le silence. Le mépris. Ou pire : la justification. On invoque la religion, on convoque la tradition, mais ce ne sont souvent que des masques pour cacher une ignorance crasse. On cite Dieu quand il s’agit de punir les femmes, jamais pour les défendre. On parle de morale, mais on tolère l’inacceptable. On ferme les yeux jusqu’à ce que ça touche notre propre sœur, notre mère, notre fille. Avant cela, les cris ne nous atteignent pas. La douleur des autres femmes ne nous concerne pas.
Le paradoxe est là, cruel : dans une société qui chante les louanges de la femme comme “pilier de la famille”, on la piétine au quotidien. Et quand une femme lève la tête, qu’elle tente une carrière, une voie, une scène, c’est sa tenue qu’on commente, jamais son courage. On s’indigne plus vite pour un clash entre artistes que pour une agression.
Le ministère public dort. Le ministre de la culture, lui, se réveille dès qu’il y a un buzz à gérer. Là, tout le monde veut réconcilier, calmer, investir — parce qu’il y a de l’argent à sauver, pas des vies. Que transmettons-nous à celles qui grandissent ? Une société où la justice ne protège pas, où le bruit des réseaux couvre les coups, où le viol est débattu comme une rumeur et non jugé comme un crime ?
À force de détourner le regard, nous fabriquons un monde où les bourreaux marchent la tête haute et les victimes baissent les yeux. La vérité est brutale : tant que les femmes ne seront défendues qu’en fonction de leur lien familial ou de leur notoriété, il n’y aura ni justice, ni progrès. Et le futur que nous construisons ne vaudra pas mieux que ce présent que nous acceptons.
Boubacar Biro DIALLO, Responsable associatif




