La première édition du Forum national sur le féminisme en Guinée a débuté ce vendredi 27 mars 2026 à Conakry. Initié par l’ONG Les Amazones de la Presse Guinéenne, et grâce à l’appui financier de Feminist Opportunities Now, cet événement réunit des défenseurs des droits des femmes autour d’une interrogation centrale : « Comment se porte le féminisme en Guinée ? »
Analyser les blocages et former la relève
L’objectif de ce forum est d’analyser l’impact du mouvement féministe dans le pays et de comprendre pourquoi, malgré un arsenal juridique favorable aux femmes, les mentalités peinent encore à évoluer.
« Nous avons un objectif clair pour ces deux jours : analyser sans complaisance les dynamiques actuelles, former 30 jeunes filles leaders afin qu’elles maîtrisent le cadre juridique de protection, et bâtir un réseau solide pour qu’aucune organisation féministe ne se sente isolée », a expliqué Hassatou Lamarana Bah, vice-présidente de l’ONG.
Des chiffres alarmants sur les violences de genre
Au-delà du débat d’idées, l’urgence est sociale. Hassatou Lamarana Bah a rappelé des statistiques préoccupantes pour illustrer la nécessité du combat :
Violences sexuelles : Plus de 200 cas de viol enregistrés par l’OPROGEM en 2023. « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », précise-t-elle.
Perception sociale : Selon une étude d’Afrobaromètre (2024), 76 % des Guinéens considèrent encore la violence conjugale comme une affaire privée à régler en famille.
Mutilations Génitales Féminines (MGF) : La Guinée affiche l’un des taux les plus élevés au monde, touchant 95 % des femmes de 15 à 49 ans.
L’appel à la responsabilité collective
Présente à la rencontre, la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patricia Lamah, a insisté sur le rôle crucial des médias dans la déconstruction des stéréotypes :

« Informer, c’est équilibrer ; sensibiliser, c’est prévenir. La promotion des droits des femmes appelle à une mobilisation collective : institutions, société civile, médias et familles. C’est au sein du foyer que se construisent les valeurs de respect et d’équité. »
De son côté, Hadja Maïmouna Yombouno, 1ère vice-présidente du Conseil National de la Transition (CNT), a souligné que les médias peuvent être de puissants leviers de transformation sociale s’ils s’attaquent aux clichés sexistes qui « confisquent l’avenir des filles ».

Vers un manifeste pour le progrès

En marge des discussions, l’ONG Les Amazones de la Presse Guinéenne a élaboré un manifeste pour un « féminisme guinéen de progrès, de justice et d’impact ». Les travaux du forum se poursuivront jusqu’au samedi 28 mars.
Par Naby Moussa Soumah 666-144-250





