La Guinée s’est figée dans l’émotion ce jeudi 11 juin pour saluer la mémoire de Diallo Souleymane, monument du journalisme national et fondateur du groupe de presse Le Lynx-La Lance. Décédé au Canada à l’âge de 81 ans, celui que tout le monde accorde à décrire comme l’un des pères fondateurs de la presse indépendante guinéenne a reçu un dernier hommage solennel lors d’un symposium national au Palais du Peuple de Conakry.
Avant son inhumation prévue ce vendredi au mausolée de la grande mosquée de Labé, sa terre natale, le monde des médias, de la politique et de la société civile s’est réuni pour célébrer un destin hors du commun.
Un parcours d’excellence et de convictions
Né le 17 novembre 1945 à Labé, Diallo Souleymane a suivi un parcours académique brillant entre la Guinée, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et la France, où il a décroché son doctorat. Après avoir fait ses armes au sein du quotidien ivoirien Fraternité Matin, il choisit de rentrer en Guinée à l’aube de l’ère multipartite. Le 7 février 1992, il marque l’histoire en lançant Le Lynx, le tout premier journal satirique du pays.
Lors de l’oraison funèbre, le journaliste Amadou Diallo a rappelé l’immensité du personnage :
« Même un livre entier montrerait ses limites lorsqu’il s’agit de parler de cet homme. »
Le bâtisseur d’une presse libre et audacieuse
À travers ses titres phares (Le Lynx, La Lance) puis les ondes de Lynx FM, Diallo Souleymane ne s’est pas contenté d’informer : il a bâti une véritable école du journalisme guinéen, formant des vagues successives de reporters et d’éditorialistes.
Son combat pour la vérité lui a valu de lourds sacrifices :
La prison : Incarcéré à deux reprises dans les années 1990 pour ses écrits.
L’intégrité : Il a systématiquement refusé les privilèges matériels et les postes politiques pour préserver son indépendance.
Le rayonnement africain : Il a présidé le Forum des éditeurs de l’Afrique de l’Ouest et assuré la vice-présidence du Forum des éditeurs africains.
Artisan clé de la dépénalisation des délits de presse
Son impact est également gravé dans les lois de la République. Membre du Conseil national de la transition (CNT) entre 2010 et 2013, il a présidé la Commission Communication et s’est battu pour l’adoption de la loi L002, qui a dépénalisé les délits de presse en Guinée. Son vice-président de l’époque à la commission, le commissaire Fodé Bouya Fofana (HAC), a témoigné : « Souleymane a rempli son contrat, c’est un homme comblé qui s’en va. »
La reconnaissance de l’État et le devoir d’héritage
Le gouvernement, par la voix de son porte-parole et ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, a rappelé que le défunt avait été élevé de son vivant au rang de Chevalier de l’Ordre national du Kolatier. Une distinction qui traduisait la gratitude de la Nation pour son rôle dans l’enracinement de la démocratie.
Le ministre a profité de cette tribune pour lancer un appel pressant à la nouvelle génération de journalistes :
« L’héritage laissé par Diallo Souleymane constitue pour chacun d’entre vous une obligation morale et professionnelle : celle de poursuivre avec la même exigence, le même courage et la même intégrité la noble mission d’informer. »
Les mots bouleversants d’une fille à son père

L’instant le plus captivant et déchirant de la cérémonie est venu de sa fille, Mariam Diallo, qui s’est exprimée au nom de l’épouse et des trois filles du défunt. Elle a dépeint un père aimant et humble, qui portait parfois la culpabilité d’avoir sacrifié un peu de sa présence familiale sur l’autel de ses combats professionnels :
« Tu étais moins souvent à la maison que tu ne l’aurais voulu, c’était le prix de tes combats. Mais faire partie de ta famille est un privilège et un honneur absolu. Tu ne nous as pas délaissés, tu nous as habités. »
Diallo Souleymane s’en va en laissant derrière lui une presse guinéenne orpheline, mais solidement armée de son exemple, de son intégrité et de ses textes fondateurs.
Mansaré Soumah Naby Moussa 666-144-250 pour actualitefeminine.com





