Le Réseau Ouest-Africain des Femmes Handicapées (ROFAH) a présenté ce vendredi, à Conakry, les résultats d’une enquête pilote sur la justice économique des femmes vivant avec un handicap. Cette rencontre, qui a mobilisé plusieurs institutions nationales et organisations de défense des droits, vise à évaluer les freins à l’autonomie financière de cette couche vulnérable.
Un diagnostic alarmant sur la précarité financière
Après vingt jours d’investigations dans la zone du « Grand Conakry », le ROFAH a livré ses conclusions aux parties prenantes. L’étude, menée auprès d’une soixantaine de femmes, portait sur leurs activités génératrices de revenus et leur accès aux sources de financement (banques, microfinances) ou aux structures d’appui comme les Centres d’Autonomisation des Femmes (CAEF).
Le constat est sans appel : les inégalités persistent. Selon la présidente du ROFAH, la majorité des femmes interrogées évoluent dans le commerce informel, la saponification, la coiffure ou la couture, mais avec des revenus dérisoires. « Leur revenu mensuel plafonne entre 500 000 et 600 000 GNF. Lorsqu’elles doivent couvrir tous leurs besoins quotidiens avec cette somme, on réalise qu’il reste énormément à faire », déplore-t-elle.
Le mur de l’exclusion bancaire
L’accès au crédit constitue le principal goulot d’étranglement. L’enquête révèle une méconnaissance profonde du système bancaire par ces femmes, doublée d’une discrimination systémique. « Certaines ne savent pas vers qui s’orienter. D’autres, plus rares, qui ont tenté l’expérience, se sont vu refuser des prêts en raison de leur handicap. Les banques exigent des garanties qu’elles ne peuvent fournir », dénonce la responsable du réseau.
Face à cette situation, Mme Hadjiratou Bah appelle à une réaction des pouvoirs publics : « L’État doit réadapter ses politiques en faveur des couches vulnérables. Ces données prouvent que ces femmes sont braves et capables de participer au développement de la nation, pourvu qu’elles soient soutenues. »
Un plaidoyer entendu par les autorités

Présent à la rencontre, Diallo Mamadou Tchapato, chef de section à la Direction nationale des personnes vulnérables (Ministère de la Promotion Féminine, de l’Enfance et des Personnes Vulnérables), a salué la pertinence du travail accompli.
« L’enquête relève de nombreuses difficultés de financement dans la région de Conakry et Dubréka. Puisque ces résultats sont traduits en document de plaidoyer, nous nous engageons à transmettre ces recommandations à la hiérarchie pour que des dispositions concrètes soient prises », a-t-il promis.
Le ROFAH ne compte pas s’arrêter là. La prochaine étape consiste à mobiliser des fonds pour étendre cette enquête à l’ensemble du territoire national, afin d’offrir à l’État une base de données complète pour mieux orienter ses mécanismes d’appui.
Hasso Bah





