En Afrique de l’Ouest, les menstrues demeurent un sujet verrouillé par des tabous et des normes sociales qui freinent l’épanouissement des jeunes filles. Face à ce constat, l’organisation Malaf Guinée a réuni ce mercredi 29 avril à Conakry, des acteurs de la société civile, des professionnels de la santé et de l’éducation lors d’un atelier de co-construction pour harmoniser la communication autour de la santé et de la dignité menstruelle.
Une alliance régionale pour un changement de narratif
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Sang pour Sang Unie pour la Dignité Menstruelle », porté par un consortium incluant la Fondation des Jeunes Amazones pour le Développement (FJAD) au Bénin, Gouttes Rouges en Côte d’Ivoire, et Malaf en Guinée, avec l’accompagnement technique d’Equipop.
L’objectif est clair : sortir les règles de l’ombre à travers la campagne « Sang Sans Silence ». Mme Odia Kourouma responsable financière de Malaf Guinée, précise que cet atelier vise à créer un support de communication harmonisé pour déconstruire les mythes persistants qui circulent tant sur les réseaux sociaux que dans les communautés.

L’école, premier front contre l’abandon scolaire
Les conséquences du silence sont lourdes. Selon le Dr Thérèse Grovogui, de la Direction nationale de la santé familiale et de la nutrition, la gestion difficile des menstrues est l’une des causes majeures de l’abandon scolaire chez les jeunes filles en Guinée.
« Beaucoup de jeunes filles ne veulent plus aller à l’école à cause de cette situation ou des stéréotypes collés aux menstrues », souligne-t-elle.
Pour y remédier, l’affiche éducative conçue lors de cet atelier sera diffusée dans 50 établissements scolaires à travers le pays, qu’ils soient publics ou privés. L’ambition est de toucher près de 30 000 personnes par pays pour transformer durablement les perceptions.
Un outil pédagogique pour une éducation inclusive
Le travail de co-construction, facilité par Mme Fatou Souaré Hann, a permis d’interroger les réalités locales pour élaborer le message le plus percutant possible. « Il s’agit d’aider les gens à comprendre que les menstrues sont un phénomène naturel et un signe de santé, et non une raison de stigmatisation ou d’exclusion », explique-t-elle.
Au-delà des écoles, ces supports seront également visibles dans des lieux de vie communautaire, tels que les ateliers de couture et de coiffure, pour atteindre un public large et diversifié.
Vers une mobilisation citoyenne

L’enthousiasme est palpable chez les participants, à l’image de Fatoumata Konaté, étudiante en droit et membre de Malaf, qui se dit prête à porter ce message dans son quartier. Pour ces acteurs, briser le silence est le premier pas pour protéger les jeunes filles contre d’autres problématiques liées à la désinformation, comme les grossesses précoces.
Malgré les défis de financement évoqués par les autorités sanitaires pour certaines activités de sensibilisation, le partenariat entre les ONG et les directions nationales offre une lueur d’espoir pour que chaque jeune fille puisse vivre ses cycles dans la dignité et sans entrave à son éducation.
Hasso Bah





