Dans la ville de Labé, devenue aujourd’hui un véritable foyer d’expression artistique, une voix se distingue par sa force et son engagement : celle de Kadiatou Sylla, plus connue sous le nom de « Black Slameuse ». À la fois artiste et activiste, elle utilise le slam comme un puissant levier de sensibilisation et de transformation sociale.
Un parcours artistique ancré dans la culture
Kadiatou Sylla n’a pas attendu l’avènement du slam pour s’exprimer. Dès son plus jeune âge, elle se passionne pour la poésie. Bien avant 2020, année de ses débuts officiels sur la scène slam, elle évoluait déjà dans le milieu culturel, notamment au sein du Musée du Fouta.
« Je faisais de la poésie depuis toute petite. En grandissant, ma plume a évolué, car le slam apporte une dimension différente, plus dynamique », explique-t-elle.
Cette transition naturelle vers le slam lui a permis d’adopter une forme d’expression plus directe, plus rythmée et, surtout, résolument engagée.
Le slam comme outil de revendication
Pour Kadiatou, le choix de cette discipline n’est pas anodin. Il répond à l’urgence de briser le silence dans une société parfois figée sur certaines réalités.
« Nous avons tellement de messages à transmettre. Nous sommes dans une cité de poètes, et le slam est le meilleur canal pour nous faire entendre », affirme-t-elle avec conviction. Sous son impulsion et celle de ses pairs, la ville change de stature : « Labé est devenue la capitale du slam guinéen », souligne-t-elle fièrement.
Sources d’inspiration et thématiques fortes
Son engagement puise sa force chez des figures tutélaires. En premier lieu, sa mère, pilier de son parcours, mais aussi Hadja Djeinabou Koumanthio Diallo, ainsi que ses amies, qui constituent pour elle un moteur essentiel.
À travers ses textes, « Black Slameuse » explore des thématiques profondément ancrées dans le quotidien des populations :
Les Violences Basées sur le Genre (VBG) ;
La protection de l’environnement ;
Les enjeux de l’immigration ;
L’amour et la cohésion sociale.
Braver les tabous d’une société conservatrice
Malgré sa détermination, le chemin est semé d’embûches. Dans certains milieux, dénoncer les violences faites aux femmes reste délicat.
« Les femmes qui luttent contre ces fléaux sont souvent perçues comme rebelles ou insoumises », déplore-t-elle. Pour autant, l’activiste ne se laisse pas décourager et garde sa sérénité : « Malgré tout, les choses avancent positivement, Alhamdoulilah. »
Un impact réel et un appel à l’action
Le slam est, pour Kadiatou, bien plus qu’une simple performance artistique ; c’est une thérapie et un mode d’action.
« Je sens l’impact chez ceux qui nous suivent. Il y a une émotion réelle qui facilite la transmission du message. Sur le plan personnel, le slam m’aide à m’épanouir et à aller de l’avant. »
En guise de conclusion, elle lance un appel vibrant à la jeune génération féminine :
« Je demande aux filles de nous rejoindre, de se libérer par la parole, de se donner de la valeur et de s’affirmer. On peut honorer notre culture tout en apportant un changement positif. Il ne faut pas rester les bras croisés : quand on veut, on peut. »
À travers son art, Kadiatou Sylla incarne cette nouvelle génération de femmes guinéennes qui utilisent la magie des mots pour porter l’espoir et défendre la dignité.
Par AMD pour www.actualitefeminine.com





