Ce 7 novembre, alors que le continent célèbre la Journée internationale de l’écrivain africain, il est impératif de braquer les projecteurs sur les figures qui ont, par leur plume, redéfini l’identité et l’engagement.
Parmi elles, Hadja Zeinab Koumanthio Diallo se dresse comme une véritable amazone de la littérature. Poétesse, romancière, dramaturge, sociologue, et co-fondatrice du Musée du Fouta Djallon, elle est avant tout une pionnière : la première femme guinéenne à avoir publié un recueil de poésie. Issue d’une riche tradition peulhe, elle a su faire le pont entre l’héritage oral et l’expression écrite, utilisant ses mots comme un cri de libération et une arme contre l’injustice.
À l’occasion de cette journée dédiée, le site actualitefeminine.com rend hommage l’Ambassadrice de la Paix qui continue de déconstruire les tabous et d’inspirer des générations entières.
Née en 1956 à Labé, en Moyenne-Guinée, Zeinab Koumanthio Diallo est l’héritière d’une riche tradition poétique peulh. Comme elle le souligne, naître dans une famille poétique, c’est naître parmi des érudits, notamment au Fouta Djallon. Elle a suivi la trace de ses parents et grands-parents en s’engageant sur une voie ardue mais honorable, qui l’a conduite vers la littérature pastorale. L’envie et le besoin d’écrire se sont manifestés très tôt chez cette pionnière.
Reconnue comme la première femme guinéenne à avoir publié un recueil de poésie (Moi, femme), Maman Koumanthio estime que ce rôle de pionnier dans un genre, surtout à cette époque, n’était pas facile, car il n’y avait pas d’autres femmes sur cette voie. Si elle est la figure de proue de la poésie féminine, elle est la troisième pour le genre romanesque, après ses devancières Sira Baldé et Kesso Barry. Hadja ein, comme on aime l’appeler affectueusement, portait une grande responsabilité, le regard du public étant braqué sur elle. Elle a dû mûrir rapidement et, selon ses dires, le succès vous engage parfois dans des situations difficiles à gérer. Grâce à un bon encadrement, elle a mené à bien cette mission, voyageant dans presque tous les pays du monde pour porter haut la littérature féminine guinéenne.
Ingénieure agronome de formation, ce domaine n’a jamais freiné la pionnière dans ses écrits. Elle estime, au contraire, que l’agronomie est une science complète et générale qui peut générer d’autres talents et dans laquelle on peut s’évader. Entre passion et professionnalisme, elle a su concilier les deux. Après tout, ne dit-on pas que les grands écrivains ne sont pas forcément des littéraires de formation ? Un bon agronome peut ainsi être un bon poète.
Mère de quatre enfants (deux filles, deux garçons) et grand-mère de nombreux petits-enfants, Zeinab Koumanthio Diallo a su concilier foyer et activités professionnelles. Ayant un mari écrivain et historien pour l’épauler, la poétesse n’a pas eu de mal à gérer son foyer et à éduquer sa progéniture. Elle illustre ainsi que le mariage est un partenariat de soutien, de communication et de tolérance entre les partenaires de vie.
L’écrivaine a toujours rappelé que la poésie est un « cri intérieur ». Un cri qui alerte pour espérer résoudre un problème dans la société. Passionnée par la biculturalité linguistique, Maman Koumanthio manie avec aisance le peulh, sa langue maternelle, et le français, la langue d’apprentissage. Cette particularité enrichit ses textes, car elle pénètre à la fois les subtilités et la richesse de la langue peule, complétant souvent son expression lorsqu’elle rédige en français.
Très attachée à la condition féminine, ses œuvres abordent souvent les violences faites aux femmes, comme en témoignent ses ouvrages Les humiliées ou Au-delà de l’excision. C’est un combat qu’elle mène depuis ses débuts. Sa vocation s’est illustrée à travers des situations observées autour d’elle, l’incitant à dénoncer. Dénoncer à travers la plume, qui devient une arme sans violence. Elle se bat pour une cause noble, car, précise-t-elle, les mamans ne doivent pas vivre dans l’incertitude et la violence ; elles doivent être comprises et accompagnées.
De la poésie, « Paati Taali » (son nom d’artiste) a élargi son horizon à d’autres genres littéraires, notamment le conte (Daado l’orpheline), le théâtre et le roman (Un Secret, 2023). Ce changement lui permet de s’adresser à sa communauté. Très curieuse, elle en ressort avec une immense richesse qu’elle met à la disposition de tous.
Co-fondatrice et directrice du Musée du Fouta Djallon, la conteuse joue un rôle important dans la sauvegarde du patrimoine guinéen face à la modernité. Ambassadrice de la Paix, la littéraire articule son rôle d’écrivaine, qui peut être critique et dénonciateur, en réconciliant les gens à travers ses personnages. Elle essaie toujours de faire triompher l’amour, la paix et la bonne entente dans les familles, la communauté et la nation.
Membre du comité international des femmes écrivaines depuis plus de vingt ans, Hadja ein rappelle que la Journée internationale de l’écrivain africain permet avant tout de montrer l’importance de l’écriture et du livre, mais surtout d’honorer l’écrivain. À travers cette journée, elle a participé activement au décèlement d’une autre forme de violence faite aux femmes qui n’est pas dénoncée : la violence basée sur la censure. Comme pour dire que cette journée est avant tout une journée de conscientisation.
Enfin, à tous ces jeunes écrivains, notamment les jeunes filles qui aspirent à suivre son chemin, elle transmet un précieux conseil : « Lisez beaucoup, lisez toujours, lisez à tout moment. » Il est extrêmement important de savoir comment les pionnières ont fait pour arriver au sommet.
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